Nous revenons cette saison pour une nouvelle expérience. Une nouvelle création d’édifice. Celle-ci pris place à Mozinor, ancien bâtiment industriel où l’amplitude créative atteint son paroxysme.
La définition de cette collection se base sur mon obsession pour les formes triangulaires et l’impact qu’elles donnent à mon art. Après GAÏA, mon seul objectif était de perpétuer cette recherche personnelle : casser, transformer et apporter ma propre définition du vêtement. Essayer de revenir à son essentiel.
Durant plus d’un an, ma réflexion s’est énormément portée sur une obsession profonde pour la forme triangulaire, des lignes inhabituelles et tombés absurdes. Une obsession presque perverse qui hante chacun de mes sommeils. J’ai décidé d’en créer mes propres patrons, ma propre réflexion et une signification porteuse de sens. Chacune de ces pièces « TRIA » réunit un point central qui dicte notre vie commune sur Terre. Chaque chemin est différent, mais mène toujours à ce même point d’équilibre.
Dans cette logique, la collection est aussi une réflexion autour des silhouettes que j’admire dans ma vision : le travail du moulage, les formes « aliénées », presque alien. Créer, imaginer ma propre silhouette, comme convertir une population à une religion de liberté. J’apprécie inviter le public à l’appel de la différence et de l’acceptation de soi. Il est très important pour moi que nous ne rentrions pas dans des cases, afin de ne pas créer mutuellement nos fantasmes à travers le regard des autres.
Cette collection est une élévation de notre société et de ses problèmes. Nous devons conscientiser notre entourage, conscientiser notre présence sur cette sphère. Notre passage n’est que minime, mais notre ego nous communique le contraire. Nous nous oublions nous-mêmes, nous oublions notre bonté. Nous normalisons des actes contraires à l’existence humaine, et notre violence, ainsi que l’usage de la force, deviennent excessifs.
Pour finir, au-delà de l’aspect créatif, un sujet qui me touche particulièrement — et sur lequel je ne saurais peut-être pas prendre la parole parfaitement — a pris place dans ce show. Les agressions, les agressions sexuelles, les viols… hantent mes pensées. Il m’a semblé essentiel de remettre en scène ces réalités qui se produisent quotidiennement dans notre monde.
Une grande pièce vide, un sol froid, des cubes gris. C’est dans ce décor brut que des sonorités industrielles marquent le début de notre histoire. Des hommes entrent, amenant dans leur pas des modèles féminins. Celles-ci, se sentant escortées en sécurité, suivent silencieusement. Elles montent même sur le cube où elles sont invitées à être exposées. Elles comprennent par la suite que cette galanterie n’était qu’une façon de les posséder. Debout, regards baissés sur leur piédestal, elles ont fait l’erreur de tendre la main à un homme. Prenant cela comme un geste d’approbation, sans un regard, ni un sourire, les mains masculines parcourent les corps de leur trophée. Lentement, sans violence, de manière habituelle. Sauf que ce qui change cette fois-ci, c’est la colère des victimes. Saisissant chacune le poignet de leur agresseur, brandissant leurs mains sales vers le ciel, elles relèvent la tête vers le public. Cette masse dense qui n’a pas réagi face à ces agressions banalisées.
Pris au piège par leurs victimes désormais bruyantes, les agresseurs honteux tournent les talons. Laissant place à un cortège féminin venant soutenir les corps souillés par un désir imposé.
J’aimerais dire que ce spectacle n’est que le fruit de mon imagination, mais il reflète malheureusement notre réalité. Une société qui banalise les VSS sur les femmes et personnes LGBTQIA+.